Une fiche de lecture

 Le pire est avenir (Édition 2004)
 
Préambule

Vers 2014, j’ai découvert par hasard les chroniques de Maïa Mazaurette le dimanche dans la Matinale du Monde. Ma mie et ceux qui me connaissent bien peuvent en attester : je suis à la limite de la groupie… (Si je m’assume comme homme de pouvoir, je me dis profondément féministe - ce qui n’a rien d’incompatible - et j’ai trouvé dans les chroniques de Maïa Mazaurette l’expression globale de mon ressenti).
Mais ce billet n’a pas pour objet mon regard sur le travail de la chroniqueuse…
Même si je pourrais en parler aussi longuement.

Je me suis promis l’été dernier de faire une fiche de lecture sur un roman.

Depuis deux ans, j’ai pu échanger (très brièvement) une ou deux fois avec Maïa Mazaurette (on a même parlé impôts sur twitter au milieu d’une nuit d’orage parisien…) et un jour m’est venu une envie.

Je n’avais lu aucun de ses ouvrages, je voulais me lancer, alors j’y suis allé au flan et je lui ai posé directement la question.
Après un délai certain, j’ai eu un retour qui disait en substance « Sans hésiter, le roman « Rien ne nous survivra » est celui dont je suis le plus fière ! ».
Ok…

GoogleEstTonAmi plus tard (maintenant « EcosiaEstMonAmi »), je découvre que je vais me lancer dans un roman d’anticipation, publié par Folio SF, écrit en 2004 sous le titre « Le pire est avenir », réédité en 2009.
Ok…
Soit.
Ce n’était pas du tout la réponse que j’attendais ^^

La 4e de couverture m’intrigue.
« Les jeunes ont rasé Paris, ont renversé les fondamentaux de notre société ; les jeunes ont osé briser le plus délicieux des tabous : tuer les vieux. Tous les vieux. A partir de vingt-cinq ans. Laissez les Théoriciens vous expliquer pourquoi. Dans cette atmosphère de guerre civile, de poudre et de béton calciné, deux snipers émergent. Silence, l'idole que les jeunes suivraient en enfer, et l'Immortel, qui compte bien faire vivre l'enfer à Silence. Quel meilleur terrain de chasse que les toits parisiens ? Avec un cynisme mordant, un humour corrosif, Rien ne nous survivra propose une variation sur notre société actuelle, tout en piétinant les présupposés de notre morale. Car au jeu de l'intolérance jeunes / vieux, qui a commencé ? »

L’idée m’amuse franchement et je me suis lancé.
Allez, hop ! Butons les vieux !

Petit à petit, au fur et à mesure de ma lecture, j’ai choisi un angle.
Un angle (de visée) probablement déformé, un prisme particulier qui pourrait s’expliquer par ma vie, mon âge (né en 1968), et par la temporalité de la lecture de ces lignes.

De façon pragmatique, je pourrais dire que c’est une histoire de haine intergénérationnelle, une histoire d’amours, une histoire de connexions, une histoire de manipulations.

J’ai lu ce roman en trois mois, alors qu’il pourrait se lire en une nuit.
J’ai lu ce roman dans une période de ma vie assez chaotique mais aussi très belle.

Et surtout, j’ai fini ce roman au milieu de la crise des gilets jaunes, et au début des premiers blocages lycéens.
Avec la vision de voitures qui brulaient dans Paris, Ma ville...

Au fil de cette lecture, j’ai souri, j’ai ruminé, j’ai pesté.
Et j’ai haï « mes » vieux.
En même temps que j’ai aimé les personnages, sans bien savoir qui je préférais (bon, j’ai ma petite idée quant à la préférence de l’autrice).

J’ai pris petit à petit le parti de ces jeunes snippers et de ces théoriciens qui ont décidé de faire ce que ma génération n’a pas fait.
Ils ont tué les vieux, littéralement, quand moi il m’a fallu un divan pour tuer les miens.
Mais peut-être est-ce le même chemin ?

J’ai théorisé la magnifique arnaque de la génération de mes parents et des suivantes. De cette génération des jeunes de 1968, qui ont fait croire aux suivantes qu’ils allaient changer la société et construire un Monde meilleur.

Ils l’ont effectivement changé, ce Monde…

Ils ont effectivement construit un modèle global dans lequel ils allaient profiter et se gaver.
Jusqu’à la fin de leurs jours.
Gagner de l’argent.
Beaucoup.
Prendre le pouvoir, et le garder.
Encore jusqu’à aujourd’hui.
Se construire un modèle de retraites où les générations suivantes paieront pour eux, en sachant probablement que le modèle ne tiendrait pas pour leurs enfants.
Et ils ont pillé la planète sans même sourciller et nous ont entrainés dans leur débauche.
Et ils ont fait ça la main sur le cœur en nous expliquant que c’était bien.

Les générations des enfants nés autour de 68 et après n’ont pu que constater l’immense supercherie.
Rester dans l’ombre du pouvoir en attendant qu’il se libère, espérer patiemment que les vieux libèrent la place.
Et réaliser, trop tard.

Voilà ce que j’ai retenu de cette lecture.

J’ai adoré ce roman, chère Maïa.
Si je n’y ai pas vu beaucoup de sexe, j’ai pu néanmoins ici et là entrevoir les idées que tu as pu défendre dans certaines de tes chroniques futures (mais c’est un autre sujet).

Je crois que chacun verra aujourd’hui dans ce roman les raisons de sa colère.
Ou pas.

Passant outre l’absurdité de la situation, il faut le lire comme un songe et se laisser porter.

Publié en 2004, il est pour moi un ouvrage d’anticipation et de réflexion.

Vieux, qu’avez-vous donc fait ?!
Ça pourrait être un autre sous-titre ;-p


 

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